La diplomatie allemande mise sur le «potentiel de paix» des religions

Conférence au Ministère féderal des Affaires étrangères en mai 2017: « La responsabilité des religions pour la paix » Agrandir l'image Conférence au Ministère féderal des Affaires étrangères en mai 2017: « La responsabilité des religions pour la paix » (© dpa picture alliance)

C’est une initiative inédite. Accoutumées à recevoir des diplomates du monde entier, les salles du ministère allemand des Affaires étrangères se sont remplies lundi d’une affluence toute inhabituelle. Une bonne centaine de représentants religieux, issus des communautés les plus diverses et originaires de 53 pays, étaient venus parler ensemble de paix, dans le cadre d’une conférence intitulée « La responsabilité des religions pour la paix ». Le chef de la diplomatie allemande, Sigmar Gabriel, y voit le point de départ d’une nouvelle politique misant davantage sur le « potentiel de paix » des religions.

L’idée est la suivante : presque toutes les religions insistent sur l’importance fondamentale de la paix. Pourtant les questions de foi ne cessent d’être au centre de conflits, même si les véritables racines de ces derniers sont plutôt à recherche dans le domaine politique ou économique. Berlin entend donc s’adresser aux religions une « véritable exigence ».

« J’ai confiance dans le vaste potentiel de paix que contiennent toutes les religions », a affirmé M. Gabriel. « Les religions conservent en leur fond une profonde connaissance en matière de culpabilité, de pardon et de réconciliation ». Elles peuvent être des facteurs d’« équilibre et de de justice ». Elles possèdent « une notion du temps long, nécessaire au travail de pacification ». Enfin, elles dépassent les frontières étatiques Conférence à Berlin « La responsabilité des religions pour la paix » Agrandir l'image Conférence à Berlin « La responsabilité des religions pour la paix » (© dpa picture alliance)

Un point de départ

Lors de cette conférence inaugurale, il n’a donc pas été question de sujets théologiques, ni de liberté de religion, mais bien de dialogue. Un dialogue en petits groupes, pour tenter de définir la contribution que les différentes communautés religieuses pourraient apporter, région par région, pour favoriser la paix et la stabilité. Les participants ont pu échanger sur la question de la prévention des conflits, de la médiation et du travail de réconciliation. L’essentiel était que les religions ne parlent pas les unes des autres, mais les unes avec les autres.

Le ministère allemand des Affaires étrangères souhaite faire de ce genre d’initiatives un nouvel outil de sa politique culturelle et éducative. Il s’agit de réorienter ce pan de la politique étrangère en s’appuyant moins sur les relations entre les États, et davantage sur les relations entre les sociétés.

« La religion, la foi : ce ne sont pas seulement là des questions d’identité personnelle. Elles reflètent aussi des réalités présentes au sein d’une société », a expliqué M. Gabriel. Selon lui, sans la perspective des églises et des communautés religieuses, on ne peut plus comprendre, ni résoudre la multitude de conflits régionaux qui éclatent partout dans le monde.

Berlin souhaite donc mettre en place un réseau du dialogue interreligieux. Celui-ci aurait une double fonction : servir de « système d’alerte » et être une base pour démarrer des négociations sur le terrain.

© Cidal (A.L.)

Deux invités de l'église luthérienne du Sénégal ont participé à la conférence.